20 ans de formation - passion
Lorsque, les lundi 7 et jeudi 17 septembre 1981, deux premiers groupes
d'enseignants débutaient un "recyclage sur l'apprentissage
de la programmation", j'étais évidemment loin de me
douter qu'ils et elles allaient être les 40 premiers d'une très
très longue série...
Un anniversaire, c'est le moment de succomber un peu à la nostalgie
: j'ai ressorti des armoires de vieilles lettres : elles émanaient
d'inspecteurs, d'enseignant(e)s,... elles faisaient état des préoccupations
de l'époque : le rôle des calculatrices programmables, les
mérites respectifs de Basic et Pascal, beaucoup d'encouragements
à poursuivre aussi... J'ai déterré des mêmes
armoires les originaux d'anciennes notes : "Programmation et Pascal.
Recyclage (on ne parlait pas encore de formation continuée) 1981-1982",
en dix "synthèses", sorties sur l'imprimante du gros
système informatique du centre de calcul de l'époque; beaucoup
de notes manuscrites aussi (avec du vrai "couper - coller"!);
et l'impression pointilliste, reconnaissable entre toutes, des premières
imprimantes à aiguilles,...Je pourrais poursuivre longtemps cette
chasse aux souvenirs et aux reliques d'une époque où nous
avions l'impression que tant de choses restaient à préparer
et à faire.
Ce serait trop facile d'encourager des nostalgies d'anciens pionniers
en évoquant les "ZX-81", "BBC Acorn" et autres
"Spectrum" qui faisaient nos délices, et de s'attendrir
sur les mémoires centrales mesurées en kilo-octets, aux
cassettes qui constituaient nos mémoires (ô, combien) externes.
Je m'arrêterai donc avant de commencer à pleurer sur les
cartes perforées et sur Fortran IV...
La micro-informatique de l'époque a fait place à l'informatique
personnelle qui elle même cède aujourd'hui le devant de la
scène à une informatique répartie et à des
réseaux omniprésents; les programmes utilitaires du début
des années 80 (qui permettaient seulement d'ajouter des lettres
accentuées au sein d'un texte ou de transformer les touches de
l'Apple II en clavier de synthétiseur) ont fait place à
des milliers d'outils logiciels, toujours de plus en plus complexes à
maîtriser.
Bref, l'informatique a cédé sa place aux "technologies
de l'information et de la communication" et ces dernières
sont aujourd'hui le cauchemar quotidien et récurrent de millions
d'utilisateurs et d'utilisatrices qui tentent de domestiquer tant bien
que mal des logiciels "usines à gaz" et des imprimantes
récalcitrantes...
Pour faire court et si vous voulez bien me pardonner cette expression,
les "technologies" sont devenues un phénoménal
et monstrueux foutoir (dont le Petit Robert nous indique qu'il s'agit
d'un "grand désordre"...) à l'échelle de
la planète (ou à tout le moins de son hémisphère
nord); les usages des "TIC" y tiennent souvent plus de la magie
et des formules incantatoires que d'une activité rationnelle. Après
une année d'utilisation quotidienne d'un ordinateur, on a en général
le sentiment que seul un exorciste pourrait encore lutter avec quelque
chance de succès contre des envoûtements qui se manifestent
par des "ce programme a provoqué une erreur grave..."
et autres "la page que vous recherchez est actuellement indisponible..."
ou "appuyez sur une touche pour poursuivre... "(poursuivre quoi?)...
Ça, ce sont des choses qu'il faut bien admettre les jours de déprime
(ou de lucidité?) quand on mesure le fossé creusé
entre ce qui pourrait être et ce qui est...; mais il y a heureusement
"le reste"...
Et le reste, c'est d'abord vous qui êtes en train de lire ces quelques
lignes; en effet, il y a toutes les chances que, dans ce cas, vous ayez
participé à l'une ou l'autre des formations ou activités
que nous avons organisées au fil de ces 20 années. C'est
vous qui nous assurez l'essentiel : le sentiment d'être, de temps
en temps, vraiment utiles à travers les savoirs que nous tentons
de partager et la relative maîtrise de ces technologies rebelles
que nous essayons de promouvoir. Chaque année, depuis 20 ans, nous
avons le plaisir de "déplier" avec vous des connaissances,
souvent fraîchement acquises, pour progresser ensemble dans cet
univers mouvant et sans cesse renouvelé des technologies.
Je mesure souvent cette chance que nous avons de nous adresser à
des groupes d'enseignant(e)s qui ont choisi d'être là et
sont prêt(e)s à nous accompagner pour une (trop) courte excursion
ou pour un plus long périple au pays des TIC (puisque c'est ainsi
qu'aujourd'hui on les désigne). Bien sûr, il nous a fallu
préalablement sillonner nous même longuement le terrain,
en dresser des cartes pertinentes, en repérer les sites incontournables,
en baliser l'exploration,... puis vient le plaisir de partager nos découvertes.
Ce plaisir là est irremplaçable, d'autant que nous n'en
avons que la meilleure part, celle du partage, sans devoir nous préoccuper
de l'évaluation (puisque il n'y a pas "d'examen") ou
de la motivation (puisque nous sommes au milieu de collègues, avides
d'augmenter leurs compétences et leur efficacité).
Le "reste", c'est aussi la chance de travailler en équipe
et de se sentir "dans le même bateau" : nous n'y sommes
jamais très nombreux, mais l'équipage est soudé et
partage les mêmes convictions et les mêmes objectifs. Au bout
de 32 années de travail au sein de l'université, je sais
à présent que la qualité des institutions tient d'abord
à la qualité des personnes qui les constituent; j'ai la
chance, au présent et dans le passé, de pouvoir travailler
au milieu de collègues passionnés, mais qui ne se prennent
pas trop au sérieux : c'est précieux et irremplaçable...
Le "reste", c'est encore le fait que depuis 20 ans, le CeFIS
a pu bénéficier du soutien sans faille de l'institution
dans laquelle il s'insère : au plus proche d'abord, au sein du
département "Éducation et technologie", mais aussi
de la part des FUNDP dans leur ensemble, depuis la bonne volonté
et l'efficacité des "dames de la photocopie" jusqu'à
l'appui attentif et chaleureux du Conseil d'Administration, en passant
par tous les services sans lesquels notre travail serait impossible. Un
anniversaire, c'est aussi l'occasion de dire" merci"...
Et maintenant,...
Les "technologies" sont entrées "officiellement"
dans les écoles à travers les centres cybermédia.
On feint de continuer à croire qu'il suffit que les machines soient
là pour qu'elles soient utilisées correctement et de manière
raisonnée; on oublie que, comme je le dis souvent, l'état
normal d'un système informatique est de poser des problèmes
à ses utilisateurs et que tout autre état, plus satisfaisant,
demande soins attentifs, constants et compétents. On affecte de
penser que ces "outils logiciels" peuvent être maîtrisés
naturellement et sans apprentissage...
Aujourd'hui que l'on reçoit fréquemment des documents confectionnés
"grâce" au traitement de texte, en pièce attachée
à du courrier électronique, on peut mesurer à quel
point la mise en page de ces textes est bricolée et combien des
fonctions pourtant extrêmement efficaces et élémentaires
du logiciel de traitement de texte sont ignorées ou bafouées.
Malheureusement, je pense que, quoi qu'on fasse, cette méconnaissance
et, partant, cette mauvaise utilisation des outils logiciels restera globalement
la règle!
Il est des jours où, quand on regarde le petit seau des formations
organisées face à l'océan d'ignorance ou de désintérêt,
on se prend à douter...
Mais un anniversaire, c'est aussi le moment de faire des projets et de
tourner son regard vers les tâches à venir.
A force de répéter que les TIC, essentiellement à
travers Internet et le multimédia, envahissent nos bureaux aussi
bien que nos maisons, on finit par oublier que l'objet à travers
lequel cette révolution culturelle nous arrive est l'ordinateur
et son cortège d'outils de traitement de l'information numérisée
(ce qu'on appelle les logiciels).
Chercher et ramener des informations d'Internet sans connaître suffisamment
ces outils, c'est partir à la cueillette des champignons sans panier
ou faire une recherche documentaire dans une bibliothèque bien
garnie, les mains vides, sans papier et sans crayon...
C'est dire que pour un temps encore, l'exploration des compétences
de base qui permettent de tirer parti des systèmes informatisés
reste à l'ordre du jour. Et cela, bien évidemment dans l'espoir
et avec l'objectif de faire partager ces compétences par tous ceux
qui le souhaitent. Il y aura encore de la place, dans les années
à venir, pour des formations sur tous ces instruments de traitement
de l'information.
Par ailleurs, les technologies nous offrent et nous offriront toujours
plus les moyens d'adjoindre aux formations, telles que nous les pratiquons
depuis 20 ans, des épisodes de travail autonome; pendant ceux-ci,
vous pourrez, tranquillement et aux moments que vous choisirez, exercer
à domicile les savoirs et savoir-faire découverts lors des
séances de cours... tout en continuant à interagir avec
nous en cas de questions ou de pépins.
C'est tout le champ de la formation à distance que j'évoque
bien entendu ici. A condition de prendre la mesure des lourds investissements
nécessaires (je ne parle pas de matériel, mais de la phase
de mise au point des matériaux indispensables pour un travail aussi
autonome que possible de ceux qu'on veut former) et de l'utiliser avec
prudence et sans en faire la panacée, la formation (partiellement)
à distance, peut, surtout dans le cas des enseignants (dont une
partie de l'activité professionnelle se déroule à
domicile), se révéler un précieux instrument. Comme
d'habitude, plutôt que d'en parler, nous avons commencé à
en faire...
En terminant, je vous redis combien nous serons heureux de vous revoir
pour fêter ensemble le vingtième anniversaire du CeFIS; ce
sera l'occasion, non seulement d'évoquer des souvenirs plus ou
moins lointains, mais surtout de resserrer des liens et de partager questions
et préoccupations en ce qui concerne les technologies et l'école.
Alors, cochez dès maintenant la date du 16 octobre...
et à bientôt!
Charles Duchâteau
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